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Mots du curé



Dernière mise à jour
le 14/07/2019

Plan du site
Juillet 2019« L’été, le temps de l’amitié »
Juin 2019« L’amour est fort comme la mort »
Mai 2019La fête de Pâques, la grande espérance toujours nouvelle
Avril 2019Je vais bien m’en sortir tout seul.
Mars 2019Libre ou esclave ?
Janvier 2019La Nature au service du progrès ?
Décembre 2018De l’origine de la vie
Novembre 2018Le Bien Vivre
Octobre 2018Enterrement ou incinération ?

« L’été, le temps de l’amitié » (juillet 2019)

Nous aspirons tous, au cours de l’été, à vivre un temps différent, un temps de repos au cours duquel nous voulons vivre autrement avec nos proches. La période de l’été est celle où nous aimons nous retrouver en famille et entre amis. Nous rêvons tous de belles soirées dans le jardin à converser autour d’une bonne table ou d’un bon verre de vin ou de bière, temps où nous aurons fait l’effort de fermer portable, télévision, réseaux sociaux, enfin tout ce qui nous empêche d’avoir des relations vraies et simples.

Tous les saints ont développé des amitiés durables. Les exemples sont à foison, à commencer par notre saint local préféré, saint Vincent de Paul qui va lier une amitié profonde avec saint François de Sales, évêque de Genève. La première rencontre entre les deux hommes sera le 11 novembre 1618, près d’un an après le départ de monsieur Vincent de Châtillon-les-Dombes et elle lui apporta tellement qu’il put écrire dans une de ses lettres : « Seigneur, que vous êtes bon puisqu’en monseigneur François de Sales, votre créature, il y a tant de douceur. » En fait, Vincent de Paul connaissait depuis bien des années le livre de François de Sales, déjà un best-seller pour l’époque, l’introduction à la vie dévote dont la lecture figurait dans le règlement de la première confrérie de Charité fondée à Châtillon. Dès les premiers mots échangés, Vincent découvrit que François de Sales vivait ce qu’il avait écrit La complicité spirituelle entre les deux hommes n’en fut que plus grande. Cela vérifie une loi toute simple : une amitié qui fait grandir l’âme est vraie lorsqu’elle fait découvrir une possibilité nouvelle de devenir meilleur au contact de l’autre.

François de Sales discerne nettement l’amitié de convoitise et l’amitié de bienveillance. La première, il l’appelle encore amitié vaine ou mondaine. Elle est faite de paroles emmiellées et de regards affectés et notre auteur d’ajouter : Cette amitié mondaine trouble le jugement, en sorte que ceux qui en sont atteints pensent bien faire en mal faisant. C’est un amour de paille. Elle est même ennemie de Dieu. La véritable amitié, saint Paul l’appelle le lien de la perfection. Elle est éternelle. Par exemple, la mort va rompre tous les liens entre les époux, sauf leur amitié qui est éternelle car Dieu en est son fondement. Pour le chrétien, elle vise à conduire l’autre au Ciel, c’est-à-dire à lui faire découvrir qu’il est créé pour Dieu et le bonheur. Elle communique une espérance et une sagesse. Elle ne connaît pas la jalousie et se réjouit des joies de l’autre. Elle ignore la séparation mais elle est cependant une recherche mutuelle de présence. Voilà pourquoi il faut profiter de l’été pour entretenir l’amitié dans la gratuité du temps donné, l’amitié avec Dieu, l’amitié avec nos amis.

Le secret de la vie chrétienne est une amitié avec le Christ. Je ne vous appelle plus serviteurs mais mes amis. L’amitié dépend des efforts pour être disponible à l’autre. Quels sont ceux que je vais mettre en oeuvre pour être disponible à ceux qui sont mes amis, le Christ en premier ? C’est un vrai choix de vie.

P. Dominique Blot

« L’amour est fort comme la mort » (juin 2019)

Cette citation du Cantique des Cantiques (8,6) est étonnante car nous aurions tendance à la corriger : « L’amour est plus fort que la mort. » Mais respectons la Parole de Dieu sans lui ajouter même un petit mot et comprenons ce que signifient pour nous ces forces de la mort et de l’amour mises en équivalence.

Le mort sépare l’âme du mourant d’avec son corps et d’avec les êtres et les choses de ce monde. Elle est d’une force inouïe qui arrache l’âme à cette terre. Mais l’amour est de même force. Beaucoup et c’est heureux en font l’expérience. Tu quitteras « ton père et ta mère pour ne faire qu’une seule chair », citation biblique bien connue qui recouvre tant de situations conjugales où l’un ou l’autre a quitté un pays pour venir vivre avec l’être aimé. Mais citons aussi le missionnaire qui quitte pour toujours la terre de son enfance, le prêtre, la religieuse qui ne se marient pas et vivent le célibat consacré pour être disponible aux appels de l’Eglise. La force qui les arrache à des biens qui seraient pourtant légitimes est l’amour de Dieu. Nous pourrions citer bien d’autres exemples.

La mort constitue un grand paradoxe : l’âme humaine est spirituelle et ne connaît pas la corruption alors que le corps qui a perdu ce pour quoi il existait, n’a plus besoin de se tenir et se défait. Paradoxe étonnant de la vie humaine qui fait que la mort est à la fois naturelle (pour le corps) et contre-nature (pour l’âme). L’amour aussi est un paradoxe : Toute personne humaine a en elle le désir de voir Dieu, même si elle ne reconnaît pas son existence. Elle porte en son âme l’exigence la plus haute de parvenir à un bonheur sans fin, incorruptible. Mais elle sait intuitivement que les choses et les êtres de ce monde, tous corruptibles, ne pourront pas lui apporter définitivement ce bonheur. Qui le lui apportera ? Comment le découvrira-t-elle ?

« Ignorez-vous que, baptisés dans le Christ-Jésus, c’est dans sa mort que tous nous avons été baptisés ? Nous avons été ensevelis avec Lui par le baptême dans la mort, afin que nous vivions une vie nouvelle. » Rm (6,1). Dans le Christ, il y a une exacte correspondance entre sa mort et l’amour. Et c’est ainsi qu’il nous donne l’Esprit Saint qui nous fait vivre. C’est le don parfait de son amour dans sa mort.

Cette correspondance entre la mort et l’amour, mourir en aimant, le curé d’Ars l’a si bien exprimée dans son acte d’amour : « mourir en vous aimant et en sachant que je vous aime ». Ainsi j’entre dans la Vie, dira Ste Thérèse de Lisieux. Pour les chrétiens que nous sommes, quelle leçon de vie ! Renoncer, mourir, s’arracher au péché, je ne le fais pas par devoir mais par amour de Dieu et du prochain, seule force capable de m’arracher au mal. C’est ainsi que je me prépare à mourir en aimant et que l’amour devient fort comme la mort. Je suis appelé à relever ce défi en témoignant de la force de vie qui vient du Christ dans toutes les situations mortifères auxquelles je suis confronté et jusque dans ma propre mort pour en faire un acte d’amour.

P. Dominique Blot

La fête de Pâques, la grande espérance toujours nouvelle (mai 2019)

L’incendie de la charpente de la Cathédrale de Notre Dame de Paris a sidéré les Français. Cette vieille Dame s’est invitée dans le grand débat national sans crier gare, en bouleversant le calendrier prévu par ceux qui prétendent maîtriser tout en ce monde. En un instant, une des plus belles expressions de la racine chrétienne de la France exposait sa fragilité et sa grandeur, tout à la fois. Elle a brisé notre routine en surgissant belle et vulnérable, en nous interrogeant sur ce pourquoi elle avait été bâtie il y a 800 ans. Cette église de pierre révélait dans la lumière de l’incendie la Croix lumineuse et victorieuse (dont la photo allait faire le tour du monde) et la Vierge, patronne de la France, au pied de laquelle le roi Louis XIII déposait sa couronne. Mgr Aupetit, archevêque de Paris, disait que ce grand édifice solennel avait été bâti pour servir d’écrin à « un pauvre bout de pain » qui devient le Corps du Christ, et nous pouvons ajouter, à Notre Dame pour qui le poète Charles Péguy a eu ces beaux vers lorsqu’il contemplait la cathédrale : « Reine qui vous levez sur tous les océans, vous penserez à nous quand nous serons au large. » En une soirée, le sacré qui paraissait auparavant dérisoire et si souvent profané devenait l’objet d’une attention universelle et la vieille Dame, une maison pleine d’espérance. Tous ceux qui se sentaient viscéralement français en ce soir ne pouvaient pas imaginer leur avenir sans elle : « Ce qui m'étonne, dit Dieu, c'est l'espérance. Et je n'en reviens pas. Cette petite fille espérance. » (C. Péguy).

En ces premiers jours du temps de Pâques, nous lisons les Actes des Apôtres, un récit riche d’enseignement sur les commencements de l’Eglise. Jamais plus au cours du temps, l’Eglise ne connaîtra une heure de grâce aussi intense que ces années qui courent jusqu’à la mort du dernier apôtre, Jean. L’Eglise des premiers temps ne s’appuyait sur aucune force extérieure, politique, économique ou autre. Elle se tenait en elle-même par la seule force venue de sa foi et de son amour. Elle captivait car elle prodiguait l’espérance à tous, en leur révélant qu’aucune condamnation, du péché à la mort, qui pèse sur la condition humaine n’est définitive puisque le Christ les en libérait par la seule puissance de l’amour de Dieu qui se déploie en lui.

C’est cette même espérance que les bâtisseurs ont inscrite dans la cathédrale Notre Dame de Paris et que tout visiteur sent plus ou moins confusément, s’il n’y passe pas trop vite, une espérance que l’incendie a mis paradoxalement en pleine lumière avec un effet mobilisateur sans précédent. On voit comment l’Espérance chrétienne, écrite ici dans les pierres de nos églises est la petite fille tenace que C. Péguy dépeint ainsi : « c’est elle qui fait marcher le monde et qui le traîne ». A nous de demander à l’Esprit Saint comment la transcrire pour le monde d’aujourd’hui dans la continuité de ceux qui l’ont apportée en leur temps : les Apôtres, en passant par les bâtisseurs de cathédrale jusqu’aux saints de France et du monde entier.

P. Dominique Blot

Je vais bien m’en sortir tout seul. (avril 2019)

Le mode de vie actuel incline chacun à croire qu’il peut faire sa petite vie tout seul, sans l’aide de personne. D’ailleurs la technologie et la mise sur le marché de produits robotisés permettent déjà de compenser bien des fragilités humaines. Quant au plan moral et religieux, on se suffit à soi-même. On a sa conscience pour soi. On estime avoir des intentions pures. Quel besoin alors d’avoir besoin d’un secours de Dieu que l’on appelle la grâce ? C’est superflu. Le baptême devient un simple rite social et familial. Je n’ai aucun besoin de la messe, de rencontrer Dieu et la communauté chrétienne. Quant à la confession, je n’ai rien à dire au curé car, quand je me regarde, je ne me trouve pas mal en fait. C’est ainsi que Satan se regarde d’ailleurs. Il ne supporte pas que Dieu pose un regard vrai et juste sur lui mais aussi aimant et miséricordieux, un regard de Père et il veut exactement que nous l’imitions. Il adore, en fait, notre propension moderne à l’individualité satisfaite!

De tout temps, il a existé ce volontarisme qui est un mélange d’orgueil et de suffisance. Dès le 4° siècle, l’Eglise a eu à se battre contre un moine, Pélage qui affirmait que, par les seules forces de la volonté et de la fermeté de caractère, on pouvait arriver à la perfection, sans avoir besoin de la grâce de Dieu. Aujourd’hui, cette morale pélagienne qui ne dit pas son nom est criante et elle est pire. Elle ne recherche pas la perfection évangélique qui nous amène au ciel : « soyez parfait comme votre Père est parfait », comme Pélage. Elle ne recherche que l’épanouissement exclusivement terrestre de l’Homme sans Dieu. Elle est à la source de beaucoup d’injustices dans le monde économique, politique, social, familial. C’est une morale dure, sans grâce. Et comme toutes les injustices, ce sont souvent les plus pauvres qui trinquent ! Car ce que ne disait pas Pélage, c’est que seule une élite pouvait arriver au terme d’une perfection qu’il s’était donnée à lui-même. Tous les pauvres, les faibles et les fragiles en étaient exclus, les « imparfaits », ceux qui sont incapables d’y arriver par leurs seules forces.

« Sans moi, vous ne pouvez rien faire », dit le Christ (Jn 15,5). La Parole de Dieu révèle à l’homme sa connivence avec le péché dont elle éclaire la malice et perversité. Jésus dénonce l’attitude pharisienne qui fuit la vérité sur soi que vient éclairer le jugement de sa conscience.

Le salut vient de Dieu seul. La grâce divine ne se pose nullement en concurrence de notre liberté. Tout se joue au-dedans de notre âme, dans une coopération entre Dieu et l’homme. La liberté humaine éprouve le dur combat contre le mal pour désirer le bien et la grâce la purifie et l’élève. Tout est l’œuvre du « Maître intérieur », l’Esprit Saint, donné par Jésus sur la Croix et à la Pentecôte.

Tout homme a besoin de Dieu. C’est dans notre nature. Le disciple du Christ le vérifie à chaque fois qu’il prononce le Notre Père qui rassemble tous ceux qui savent que, sans la grâce de Dieu, l’homme ne peut rien.

P. Dominique Blot

Libre ou esclave ? (mars 2019)

Jésus nous indique trois voies royales pour le chemin de Pâques : le jeûne, la prière et l’aumône. Elles sont « royales » car le roi dans la Bible est celui qui n’est pas esclave mais libre de choisir Dieu et d’obéir à ses commandements.

Pour nous, il s’agit de ne pas être esclave de mauvaises habitudes ou comportements mais aussi de ne pas mettre notre orgueil dans « les choses de ce monde » qui ne font que passer. Cela demande un discernement courageux sur les impasses dans lesquelles nous sommes et qui ne nous apportent que tristesse. Au contraire, devenir libre, par la grâce de Dieu, est une source de joie. La royauté appartient à la grâce de notre baptême et elle est l’expression de la liberté la plus grande que nous exerçons : celle de la foi. C’est pour la foi et grâce à la foi que je partage, que j’offre, que j’aime et que je cherche Dieu en recevant de lui la Vie Eternelle.

La paroisse propose pour ce temps du carême quatre ateliers pour nous aider à prendre au sérieux ces trois conseils évangéliques de Jésus auxquels nous ajoutons un atelier sur la « Parole de Dieu » car, c’est à son écoute, que la conversion est possible. Une réunion de présentation des ateliers a eu lieu le 6 mars, le soir du Mercredi des Cendres et une autre nous réunira à mi-carême le 3 avril. Notez encore, le 12 Avril, une soirée de partage autour de la vie de Sr Rosalie Rendue. Le diocèse organise aussi, avec une prédication de Mgr Roland, des haltes spirituelles dans le diocèse. Quatre séances, « si tu savais le don de Dieu » dont la première est le mardi 12 mars sont organisées pour ceux qui désirent en savoir plus sur notre foi. Une célébration pénitentielle, le samedi 13 Avril, vous aidera à trouver le chemin de la miséricorde divine. N’oubliez pas aussi les temps d’adoration eucharistique qui ponctuent nos semaines.

Le Pape Benoît XVI comparait le carême à un entraînement sportif. L’athlète ne s’entraîne jamais seul, même dans les disciplines individuelles. Toute une équipe l’entoure. Tous ne désirent qu’une chose : gagner. Il est difficile d’entamer l’entraînement du carême seul. J’invite les couples à s’entraider pour cela : chacun des trois conseils évangéliques inspirera les époux à trouver les moyens pratiques d’une plus belle affection conjugale. Mais il en est de même des membres des équipes du rosaire, de l’équipe saint Vincent, des équipes liturgiques. Profitons de nos amitiés paroissiales pour nous aider les uns les autres à grandir dans la liberté de la foi.

Cette année, un catéchumène, Maxime, sera baptisé pendant la Vigile de Pâques. Toute la communauté l’accompagnera au cours des différentes étapes qui auront lieu à Châtillon au cours des dimanches de carême. Nous le remercions d’avance car sa démarche nous rappellera le plus grand trésor que nous ayons : la foi en Christ ressuscité.

P. Dominique Blot

La Nature au service du progrès ? (janvier 2019)

« Indépendamment de toute prévision catastrophique, l’actuel système mondial est insoutenable de divers points de vue. », écrit le pape François en 2015 dans son encyclique Laudato si, observant les symptômes de nombreux points de rupture du système mondialisé.

En 1967, son prédécesseur, le pape Paul VI rédigeait une encyclique : Populorum progressio, en fixant de manière optimiste les conditions d’un « développement humain intégral ». Mais quatre ans plus tard, en 1971, il a cette interrogation : « Que signifie cette quête inexorable de progrès qui fuit chaque fois qu’on croit l’avoir conquise ? Non maîtrisé, le progrès laisse insatisfait. ». Il pose alors un élément de discernement étonnant : « Pour le chrétien, le progrès rencontre nécessairement le mystère eschatologique de la mort. ». Le Bx Paul VI donne un coup d’arrêt à l’optimisme naïf de ceux qui croient que le progrès va résoudre tous les problèmes mécaniquement par la seule force de son mouvement. La mort dont parle ici le Pape est la caractéristique du mystère indépassable de l’homme que les avancées technologiques et la croissance économique sont incapables d’épuiser. Que les chrétiens ne se trompent pas : le vocabulaire du « progrès » ne peut jamais remplacer celui du Salut. L’idée de progrès peut être un cache-misère et un créateur d’illusions qui nous dissimule l’énigme de l’existence humaine : la Vie Eternelle dont la mort et le mal posent la question. Le Salut, au contraire, est le révélateur du destin de chaque personne humaine que Dieu sauve.

Le progrès donne l’impression d’un mouvement fatal et continu qui emporte l’homme sans qu’il en choisisse le sens. Nous observons, par exemple, une abdication du pouvoir politique devant l’innovation technologique. Les comités de bioéthiques se multiplient mais ils servent à acclimater des pratiques qui auraient été scandaleuses il y a quelques années. Le progrès s’est développé sur l’idée d’un Darwinisme social : Comme il existe, dans la Nature, une lutte entre les individus pour produire le meilleur, la lutte économique, portée par la recherche scientifique pour qui la vie n’est qu’une base de données, est bonne en soi. Elle produirait le meilleur, jusqu’à de nouvelles formes humaines hybrides plus adaptables et plus efficientes que le petit d’homme qui sera vite dépassé ou transformé par « l’optimisation » de tous les processus qui feront le quotidien de sa vie.

Or les dernières découvertes scientifiques mettent à mal cette théorie : Certes, il y a de « la guerre » dans la Nature mais, et c’est surprenant, il y a beaucoup plus de liens et de solidarité entre les êtres naturels qu’il y a de conflits. Plus, la Nature devient un modèle de convivialité entre les espèces, ce qui ne l’empêche pas de s’adapter et d’innover tout en restant elle-même. « Dieu nous a unis étroitement au monde qui nous entoure. », dit le pape François. Voilà une nouvelle forme de progrès à mettre en oeuvre pour que l’homme reste lui-même dans et avec la Nature que Dieu lui a créée.

P. Dominique Blot

De l’origine de la vie (décembre 2018)

Nous aurons bientôt la joie de contempler les crèches installées dans nos églises ou dans nos maisons. Les raisons pour lesquelles l’Enfant Jésus suscitera l’émotion seront diverses. Mais cet évènement de la Nativité du Christ renvoie au mystère de la vie humaine.

L’enfant qui naît dans le sein de la mère ne pourra jamais être réduit à un « amas de cellules indifférenciées ». Non seulement la science découvre que, dès la conception, la vie s’organise en différenciant les cellules de manière progressive et complexe, mais aussi que son point de départ pose la question de notre origine et de notre identité. Le corps d’un être humain n’est jamais réductible à ses cellules. L’embryon se développe avec une finalité propre et personnelle qui se manifeste à la naissance de chaque enfant et dont l’origine n’est pas d’abord dans le corps mais dans l’âme qui est le principe premier de la vie qui tisse le corps de l’enfant dans le sein de sa mère. Cette âme dont le corps en est l’expression visible est déjà la personne de l’enfant que les parents accueillent comme un don merveilleux.

La Nature fera toujours mieux que la technique car elle suit un principe premier, l’âme, qui est présente dès l’origine de la vie pour faire grandir l’être humain dès les premiers instants. Son intention est toujours gratuite et sans arrière-pensée. Elle peut se tromper parfois, malheureusement, mais ce n’est jamais par malignité.

La technique humaine (qui se croit toujours plus intelligente que la Nature!) intervient toujours après ce que la Nature a fait et risque d’interférer dans les processus naturels de la gestation d’une petite vie. De ce fait, la technique risque de changer le processus même de ce qui fait qu’un enfant est une personne. C’est le cas de la PMA ou des manipulations génétiques. Son intention est souvent mercantiliste et elle cherche à instrumentaliser l’enfant à des fins égoïstes.

Oui, la naissance du Christ nous interroge. Noël est le miroir qui nous renvoie la lumière divine qui éclaire chaque personne humaine qui naît en ce monde et dont la vie a été gratuitement donnée par Dieu.

Les évêques de France ont produit un texte remarquable, « la dignité de la procréation » (sept. 2018), à propos de la PMA qui fera l’objet d’une discussion parlementaire en 2019. En voici un extrait : « Donner la vie à un enfant est une source d’émerveillement des plus profondes, une responsabilité des plus grandes. (...) Dieu lui-même s’est fait homme dans la chair d’un embryon humain devenu l’enfant appelé Jésus, porté et mis au monde par une femme, Marie. L’église catholique pose avant tout un regard contemplatif sur chaque être humain dont elle cherche à percevoir la profondeur et le mystère, à toutes les étapes de sa vie. »

P. Dominique Blot

Le Bien Vivre (novembre 2018)

Nous terminerons l'année liturgique par la fête du Christ-Roi, le 24 novembre prochain. La royauté du Christ nous renvoie à la manière dont l'homme règne dans le monde et s'organise pour former la cité humaine. Or II existe actuellement une crise de la politique qui génère beaucoup d'inquiétude, car elle est incapable de formaliser un bien suffisamment commun et puissant pour rassembler. A ce propos, les questions sont si nombreuses qu'il est impossible de les lister ici. Mais une expression utilisée montre le malaise actuel à définir un projet commun politique.

L'expression « l'intérêt général » est la formule consacrée pour désigner le socle commun de valeurs sur lequel les citoyens seraient accordés pour vivre en société. L'intérêt général s'est substitué peu à peu, et de manière subtile et cachée, à la notion beaucoup plus riche et porteuse de « bien commun ». Il signifie que la quête particulière de bonheur de chaque individu suffirait pour assurer l'intérêt général de la société. Seul ce qui est utile à l'individu définit le bien politique à rechercher. L'utile a remplacé le bien. Le politique a été absorbé par l'économie prédominante qui a réduit le bien de la cité des hommes aux valeurs marchandes et utilitaires. Or la somme des intérêts particuliers est incapable de fédérer. Au contraire, le risque est grand de voir grandir la violence dans la société et nous la constatons déjà. Nous entendons les politiques nous parler de valeurs communes dans un discours qui a de moins en moins prise sur la réalité vécue qui voit grandir les fractures entre les individus ou les groupes d'individus. Chacun ou chaque « lobby » cherche son propre intérêt, suivant ainsi l'organisation actuelle d'une société fragmentée qui les prédispose à une telle attitude.

Le « bien commun » est différent. Il part du principe que les individus appartiennent tous à une même nature, la nature humaine d'où découle une même loi, la loi naturelle qui fonde le socle commun d'un partage du vrai et du faux, de l'injuste et du juste, du bien et du mal. La loi naturelle assure aussi qu'il existe des biens inaliénables que l'argent ou l'utile ne peuvent pas acheter ou enlaidir comme la personne et la famille. Elle nous dit enfin que les notions de travail, de culture, d'éducation et de liberté ne sont pas des variables économiques ni des valeurs marchandes. Pour garder intègres ces biens, tout ne sera pas utile de faire même si cela est possible d'un point de vue financier ou scientifique. Les individus ont une destinée commune selon un Bien commun dont les principes vitaux se trouvent en eux et pour lequel ils seront capables de donner leur vie, de partager une vraie amitié et de dépasser leurs égoïsmes.

Voilà un « vivre bien » qui ne se contente pas d'un « vivre ensemble » qui paraît si pauvre. Le Règne du Christ nous fait découvrir des biens communs à vivre : La personne humaine, la nature humaine, la Création et enfin, Dieu qui s'offre à l'humanité entière comme Bien suprême à partager et à aimer et source de bonheur.

P. Dominique Blot

Enterrement ou incinération ? (octobre 2018)

En préparant leurs funérailles, beaucoup de chrétiens choisissent l’incinération au lieu de l’enterrement. Les motivations de cette décision ne sont pas d’abord financières. Elles sont beaucoup plus complexes. Elles résultent globalement d’un affaiblissement de la foi en la Résurrection des corps et en la Communion des saints.

La Résurrection des corps est une conviction de la foi chrétienne. La conséquence en est le grand respect pour le corps terrestre que l’on ne peut pas faire disparaître instantanément au risque de le dévaloriser. Le corps de cet être humain dans lequel a été semée la grâce du baptême, représente toute une histoire familiale, sociale, religieuse. Ce corps a été un lieu de bonheur mais aussi d’épreuves, de péché et de miséricorde, « temple de l’Esprit-Saint », dit saint Paul. C’est le corps de ma mère, de mon grand-père, de mon ami. A la résurrection, les corps rendus incorruptibles seront les corps de ces mêmes éecirc;tres que nous avons aimés. Ils sont enterrés au « cimetière », vieux terme du haut Moyen-âge, signifiant le « lieu de l’attente » : la résurrection des morts est intimement liée au retour définitif du Christ. Le monde chrétien se démarque du monde païen qui privilégiait la nécropole, la ville des morts, séparée de la ville des vivants, la Cité. Pour les chrétiens, les morts sont avec les vivants, car tous vivent dans le Seigneur. Les cimetières étaient souvent dans nos villages. Avec le Christ, la vie est partout, surtout chez « nos morts », beaucoup plus que nous le pensons malheureusement car notre foi en la promesse de Jésus de notre propre résurrection est bien trop faible. Pensons aux jeunes qui assistent à ces crémations. Quels sentiments peuvent agiter leur esprit? Je doute que cela soit la meilleure manière de leur transmettre notre foi en la Résurrection des corps et l’espérance chrétienne qui devrait nous habiter.

La communion des Saints affirme que les liens spirituels vont bien au-delà des apparences. Elle est une communion entre le monde invisible et visible. Cependant, nos relations humaines passent par le corps. Jusque dans la mort, les femmes ne se détachent pas de Jésus et vont au tombeau pour embaumer son corps. Elles pensent que c’est le dernier hommage qu’elles pourront lui donner. Elles se trompent. Elles verront encore pendant 40 jours le Ressuscité ! Le chrétien est dans l’espérance que l’hommage qu’il rend au corps de celui ou celle qu’il a aimé ne sera pas le dernier mais qu’il pourra continuer dans la Vie éternelle à l’aimer corps et âme. Au contraire, la violence de la crémation est le symbole que « tout serait fini » avec la mort.

Je vous invite donc dans un acte de foi dans le Christ et sa Résurrection à laisser de côté des raisons humaines plus ou moins légitimes en faveur de la crémation et à choisir l’enterrement du corps pour croire en la promesse que Jésus vous fait : il redonnera vie à votre corps et à celui de vos proches.

P. Dominique Blot